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Rapport au monde· Esprit et conscience

Seul le vivant pense

Axe: Une machine peut-elle penserUne machine pourrait-elle un jour véritablement penser ?

La pensée n'est pas une organisation abstraite mais l'activité d'un être vivant : sentir, vouloir, comprendre naissent avec la vie et . Une machine, si brillante soit-elle, reste une chose fabriquée : elle calcule, mais rien ne lui importe.

Qui défend cette position

Philosophes 1

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Kantextrapolée

Question moderne, étrangère au corpus : on peut toutefois conjecturer que Kant refuserait d'attribuer la pensée à un pur mécanisme, car la pensée exige la spontanéité de l'aperception, et il oppose l'organisme, qui s'auto-organise, à la montre, simple machine. Lecture spéculative, à présenter comme telle.

Critique de la raison pure, déduction transcendantale (B131-B132) · Critique de la faculté de juger, §65

Arguments et objections
ArgumentL'argument du souciLa machine calcule sans que rien lui importe : il n'y a pas de point de vue là où rien n'est en jeu.
  1. Penser n'est pas seulement traiter de l'information : c'est que quelque chose soit en jeu. Une perception oriente, un jugement engage, une erreur coûte. Retirez tout enjeu, il reste des états qui se succèdent, non une pensée.
  2. Or un enjeu suppose un être pour qui les choses peuvent aller bien ou mal : un vivant, dont l'activité même est un effort pour se maintenir, ce que nommait le . Le métabolisme n'est pas une propriété parmi d'autres, c'est un besoin permanent, une dépendance à l'égard du monde.
  3. Une machine, elle, ne risque rien : débranchée, elle ne perd rien, car rien ne lui manquait. Ses « objectifs » lui ont été assignés du dehors et ne sont ses buts en aucun sens ; elle ne se maintient pas, on la maintient.
  4. Sans ce risque, les mots qu'elle manie ne renvoient à rien pour elle, faute de cette : la faim, la douleur, la perte ont un sens pour ce qui peut avoir faim, souffrir et perdre. Il n'y a pas de point de vue là où rien n'est en jeu.

Donc Donc la pensée n'est pas une organisation détachable de son porteur : elle est l'activité d'un vivant exposé, et la machine la plus brillante reste une chose à qui rien n'arrive.

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ObjectionAttaque la positionL'objection du privilège de la chairL'argument du souci prouve qu'il faut un être exposé, non qu'il faut un être vivant.
  1. L'argument fait du besoin de se maintenir la condition de la pensée. Mais ce besoin décrit comment la pensée est apparue chez nous ; il ne montre pas encore qu'elle ne pourrait apparaître autrement.
  2. On peut d'ailleurs dire précisément ce que le métabolisme apporte : une vulnérabilité, des buts propres, une dépendance au monde qui fait que les choses importent. Or aucun de ces traits ne tient à la chimie du carbone.
  3. Qu'un artefact soit vulnérable, dépendant de ressources qu'il doit chercher, exposé à une destruction qu'il évite pour son compte, et il possède ce que l'argument exigeait. Le lui refuser encore, c'est avouer que le critère n'était pas le souci mais la matière, et l'on ne dit plus pourquoi la matière compterait.
  4. Nous avons déjà connu cette frontière : on a longtemps tenu la matière vivante pour animée d'un principe propre que la chimie ne pouvait produire, ce qu'on a nommé le . La frontière a reculé sans qu'aucun décret l'ait tracée.

Donc Donc l'argument n'établit pas que seul le vivant pense : il établit qu'il faut, pour penser, un être qui ait quelque chose à perdre, ce qui reste ouvert à d'autres êtres que nous.

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Fondements et implications
↑ Ce qui la fondeSeul le vivant pense — Une machine peut-elle penser=Seul le vivant penseUne machine peut-elle penser
Descriptif
Corps-sujet — Être ou avoir un corps=Corps-sujetÊtre ou avoir un corps
Descriptif
Matérialisme — Nature du réel=MatérialismeNature du réel
Descriptif
Une feuille, une application qui ne fonde rien d'autre ici.

Ce qui la fonde

Être ou avoir un corps

Si penser, c'est d'abord être un organisme vivant couplé à son milieu, alors manipuler des symboles ne suffit pas à comprendre : un programme sans corps ni vie ne pense pas vraiment. La thèse du corps-sujet soutient l'idée que seul le vivant pense : pour Jonas, l'esprit s'enracine dans la vie de l'organisme et son souci de durer.

Ce qu'elle implique

Une feuille, une application qui ne fonde rien d'autre ici.

Problèmes
  • Descriptif Expérience de pensée
    La chambre chinoise

    Enfermé dans une pièce, on répond parfaitement en chinois en suivant un manuel, sans comprendre un mot : exécuter un programme, est-ce jamais comprendre, ou seulement en donner tous les signes ?

    un esprit qui comprend
  • Descriptif Expérience de pensée
    Le jeu de l'imitation

    Si, dans une conversation à l'aveugle, rien ne distingue la machine d'une personne, faut-il lui accorder la pensée, ou réussir à passer pour un esprit ne prouve-t-il jamais qu'il y en a un ?

    une conversation
  • Descriptif
    Une intelligence sans corps

    Un programme traite des signes hors de tout monde ; mais comprendre une situation, agir avec à-propos, suppose peut-être un corps vivant qui l'habite, que la machine désincarnée n'a pas.

    une intelligence désincarnée
  • Descriptif
    Peu importe le support ?

    Si l'organisation exacte de votre cerveau était reproduite par tout un peuple s'échangeant des messages, cet attroupement penserait-il vraiment, ou certaines matières seules donnent-elles un esprit ?

    le support de la pensée
  • Descriptif
    Penser, ou ressentir

    Raisonner est une chose, éprouver en est une autre : une machine pourrait tout calculer sans que « cela fasse quelque chose » d'être elle, la pensée sans la moindre conscience.

    le ressenti d'une machine
  • PrescriptifMorale
    Lui devrait-on quelque chose ?

    Si une machine pensait, aurait-elle des intérêts, une dignité, des droits, ou resterait-elle une chose dont on dispose sans lui rien devoir ?

    une machine pensante