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ArgumentL'argument du souci
Penser suppose que quelque chose compte ; or rien ne peut compter pour ce qui ne risque rien.
Soutient
Jonas · Le Phénomène de la vie, « Cybernétique et finalité : une critique » · 1966
- Penser n'est pas seulement traiter de l'information : c'est que quelque chose soit en jeu. Une perception oriente, un jugement engage, une erreur coûte. Retirez tout enjeu, il reste des états qui se succèdent, non une pensée.
- Or un enjeu suppose un être pour qui les choses peuvent aller bien ou mal : un vivant, dont l'activité même est un effort pour se maintenir, ce que nommait le . Le métabolisme n'est pas une propriété parmi d'autres, c'est un besoin permanent, une dépendance à l'égard du monde.
- Une machine, elle, ne risque rien : débranchée, elle ne perd rien, car rien ne lui manquait. Ses « objectifs » lui ont été assignés du dehors et ne sont ses buts en aucun sens ; elle ne se maintient pas, on la maintient.
- Sans ce risque, les mots qu'elle manie ne renvoient à rien pour elle, faute de cette : la faim, la douleur, la perte ont un sens pour ce qui peut avoir faim, souffrir et perdre. Il n'y a pas de point de vue là où rien n'est en jeu.
Donc Donc la pensée n'est pas une organisation détachable de son porteur : elle est l'activité d'un vivant exposé, et la machine la plus brillante reste une chose à qui rien n'arrive.
À quel point ce raisonnement vous convainc-t-il ?
Pas du tout
Tout à fait
Approfondissements
La liberté besogneuse du vivant
- Un organisme n'est pas fait d'une matière fixe : les molécules qui le composent sont remplacées sans relâche, et il reste pourtant le même. Il est donc, d'une certaine façon, indépendant de sa matière.
- Mais cette indépendance a un prix : pour rester lui-même, il lui faut sans cesse prendre au dehors de quoi continuer. Sa liberté besogneuse, comme la nomme , fait que le monde lui importe : ce qu'il rencontre est nourriture, menace ou rien.
- L'intérêt, la valeur, le point de vue apparaissent là, avec le premier être qui peut cesser d'être. La machine n'a pas ce souci : sa continuité ne dépend pas d'elle.
Donc C'est donc la vie, et non le calcul, qui introduit dans le monde le fait que quelque chose compte pour quelqu'un.
À quel point ce raisonnement vous convainc-t-il ?
Pas du tout
Tout à fait
Mise à l'épreuve