Voir l'axe · Une machine peut-elle penser

Argument

L'argument du souci

Penser suppose que quelque chose compte ; or rien ne peut compter pour ce qui ne risque rien.

Soutient

Jonas · Le Phénomène de la vie, « Cybernétique et finalité : une critique » · 1966

  1. Penser n'est pas seulement traiter de l'information : c'est que quelque chose soit en jeu. Une perception oriente, un jugement engage, une erreur coûte. Retirez tout enjeu, il reste des états qui se succèdent, non une pensée.
  2. Or un enjeu suppose un être pour qui les choses peuvent aller bien ou mal : un vivant, dont l'activité même est un effort pour se maintenir, ce que nommait le . Le métabolisme n'est pas une propriété parmi d'autres, c'est un besoin permanent, une dépendance à l'égard du monde.
  3. Une machine, elle, ne risque rien : débranchée, elle ne perd rien, car rien ne lui manquait. Ses « objectifs » lui ont été assignés du dehors et ne sont ses buts en aucun sens ; elle ne se maintient pas, on la maintient.
  4. Sans ce risque, les mots qu'elle manie ne renvoient à rien pour elle, faute de cette : la faim, la douleur, la perte ont un sens pour ce qui peut avoir faim, souffrir et perdre. Il n'y a pas de point de vue là où rien n'est en jeu.

Donc Donc la pensée n'est pas une organisation détachable de son porteur : elle est l'activité d'un vivant exposé, et la machine la plus brillante reste une chose à qui rien n'arrive.

À quel point ce raisonnement vous convainc-t-il ?

Pas du tout
Tout à fait
Approfondissements
La liberté besogneuse du vivant
  1. Un organisme n'est pas fait d'une matière fixe : les molécules qui le composent sont remplacées sans relâche, et il reste pourtant le même. Il est donc, d'une certaine façon, indépendant de sa matière.
  2. Mais cette indépendance a un prix : pour rester lui-même, il lui faut sans cesse prendre au dehors de quoi continuer. Sa liberté besogneuse, comme la nomme , fait que le monde lui importe : ce qu'il rencontre est nourriture, menace ou rien.
  3. L'intérêt, la valeur, le point de vue apparaissent là, avec le premier être qui peut cesser d'être. La machine n'a pas ce souci : sa continuité ne dépend pas d'elle.

Donc C'est donc la vie, et non le calcul, qui introduit dans le monde le fait que quelque chose compte pour quelqu'un.

À quel point ce raisonnement vous convainc-t-il ?

Pas du tout
Tout à fait