Positivisme logique
Une philosophie d'atelier scientifique : des physiciens, des logiciens et des mathématiciens réunis à Vienne pour séparer, dans tout ce qui se dit, les énoncés qui ont un sens de ceux qui n'en ont que l'apparence.
v. 1924 – v. 1960
Le naît à Vienne autour de , dont le séminaire réunit à partir de 1924 philosophes, physiciens et mathématiciens. Ce groupe, devenu le Cercle de Vienne, se donne un programme en 1929 avec le manifeste La Conception scientifique du monde, rédigé par Hans Hahn, et et dédié à Schlick. Héritier de l' et armé de la logique de et de , il lit le de dans un sens vérificationniste ; Wittgenstein explore lui-même des formules de ce genre vers 1929-1930, dans ses entretiens avec Schlick et , sans en faire une doctrine. À Berlin, un groupe réuni autour de mène un programme proche. L'école n'est pas monolithique : Schlick cherche un fondement de la connaissance dans l'expérience immédiate, tandis que Neurath soutient qu'un énoncé ne se confronte jamais qu'à d'autres énoncés ; Carnap finit par adopter un principe de tolérance qui laisse libre le choix de la forme du langage ; en éthique, Schlick fait de la morale une science empirique des motifs, quand et Carnap n'y voient que l'expression d'attitudes. Ayer donne en 1936 la version anglaise la plus percutante de l'école, Langage, vérité et logique. La montée du nazisme, l'assassinat de Schlick (1936) puis l'Anschluss (1938) dispersent le Cercle : Carnap et Reichenbach gagnent les États-Unis, Neurath finit son exil en Grande-Bretagne. Sous le nom d'empirisme logique, le mouvement domine la philosophie des sciences américaine jusqu'aux années 1950 ; les critiques de (1951), puis une philosophie des sciences plus attentive à l'histoire, en marquent le déclin. La période retenue s'arrête vers 1960 : l'école s'efface comme telle, mais ses travaux se poursuivent et sa méthode marque durablement la philosophie des sciences.
La philosophie n'est pas une doctrine mais une activité : elle ne découvre aucune vérité propre, elle établit le sens de nos énoncés, et c'est aux sciences de dire s'ils sont vrais.
Il n'y a pas de connaissance hors de la science : la métaphysique n'est pas fausse, elle est dénuée de sens.
Tout savoir sur le monde vient de l'expérience ; la logique et les mathématiques n'en disent rien, elles sont vraies par leur forme ou le sens de leurs termes.
Justification
Pour le Cercle, la philosophie n'est pas une doctrine mais une activité : y voit le « tournant » de la philosophie (1930). Elle n'ajoute pas de vérités à celles des sciences, elle clarifie ce que nos énoncés veulent dire. Le critère de signification donne l'outil de ce tri : un énoncé a un sens cognitif s'il est analytique, vrai ou faux par sa seule forme et le sens de ses termes, ou s'il peut être testé par l'expérience ; sinon c'est un pseudo-énoncé, à écarter plutôt qu'à réfuter. Chez Carnap, l'exigence de vérification stricte des débuts cède bientôt la place à celle, plus souple, de confirmation. Le critère ne satisfait pas lui-même sa propre exigence ; ses défenseurs répondent qu'il est une règle proposée pour le langage, non une vérité sur le monde. Le volet réformateur du manifeste, porté par Neurath, prolonge cette clarification sans en faire une philosophie de la transformation du monde.
Schlick, « Le tournant de la philosophie » (Erkenntnis, 1930) · Ayer, Langage, vérité et logique (1936), ch. I
Justification
soutient (1932) que les phrases métaphysiques sont dépourvues de sens cognitif : « le Néant lui-même néantit », qu'il emprunte à , imite la grammaire d'un énoncé tout en violant la syntaxe logique. Le programme d'unité de la science de prolonge ce partage : un seul langage, celui des sciences, pour tout ce qui peut être connu. La valeur reste en deçà de l'extrême : le Cercle n'attend pas de la science qu'elle remplace la métaphysique en répondant à ses questions, il tient ces questions pour mal posées, et laisse à l'art l'expression du sentiment de la vie que la métaphysique exprimait mal.
Carnap, « Le dépassement de la métaphysique par l'analyse logique du langage » (Erkenntnis, 1932) · Hahn, Neurath, Carnap, La Conception scientifique du monde : le Cercle de Vienne (1929)
Justification
Le Cercle radicalise contre : il n'existe pas de jugement synthétique a priori. La logique de et de , relue à travers le , permet de tenir les vérités logiques et mathématiques pour analytiques : vraies en vertu de leur seule forme ou du sens des termes, elles n'apprennent rien sur le monde. Le rationalisme perd ainsi son meilleur exemple, celui d'un savoir certain obtenu sans l'expérience. Cet empirisme porte sur la justification de la connaissance du monde, non sur la genèse psychologique des idées : il ne suppose aucune « table rase ».
Hahn, Neurath, Carnap, La Conception scientifique du monde (1929) · Ayer, Langage, vérité et logique (1936), ch. IV
2 de plus
renvoie dos à dos théisme et athéisme : « Dieu existe » n'étant pas vérifiable, la phrase n'a pas de sens, et sa négation n'en a pas davantage. avait déjà rangé l'usage métaphysique du mot « Dieu » parmi les pseudo-concepts (1932). Ce n'est donc pas un athéisme mais le refus de l'alternative elle-même.
tient la querelle du réalisme et de l'idéalisme pour un pseudo-problème : deux géographes, l'un réaliste, l'autre idéaliste, décriront la même montagne de la même façon, et aucune expérience ne pourra les départager (Pseudo-problèmes en philosophie, 1928). conclut de même dans « Positivisme et réalisme » (1932).
Filiations
Voir sur la friseToutes les filiations↑ Influences reçues
- ProlongeEmpirismeLe manifeste de 1929 range Hume parmi les ancêtres revendiqués : ce qui passe est la thèse que tout savoir sur le monde vient de l'expérience.Lire
- RéinterprètePositivismeLe manifeste du Cercle de Vienne (1929) range Comte parmi ses précurseurs, à côté de Hume et de Mill.Lire
- RéinterprèteWittgensteinLe Cercle lit le Tractatus ligne à ligne au milieu des années 1920 et y trouve deux armes : les vérités logiques comme tautologies et la limite entre ce qui peut se dire et ce qui ne le peut pas.Lire
- Réagit contrePhilosophie du langage ordinaireAustin démonte la théorie des données des sens d'Ayer en montrant que le philosophe y détourne des mots ordinaires, « illusion », « apparaître », « réel », de leur usage précis.Lire
↓ Influences exercées
- contesté parWillard Van Orman QuineÉlève et ami de Carnap, Quine s'attaque aux deux piliers de l'empirisme logique : la distinction entre vérités analytiques et synthétiques, et l'idée que chaque énoncé se vérifie isolément.Lire