Positivisme
Renoncer aux causes premières et finales pour ne chercher que les lois des phénomènes, et faire de cette sobriété le principe d'une réorganisation de la société.
v. 1830 – v. 1881
Doctrine fondée par , ancien secrétaire de , dans son (1830-1842). Comte veut clore la crise ouverte par la Révolution, que la critique des avait préparée en ruinant l'ordre ancien sans en fonder un nouveau : il entend bâtir sur la science un ordre intellectuel aussi solide que celui de l'Église médiévale. Il classe les sciences de la mathématique à la biologie et forge, pour les couronner, le mot de « sociologie ». Dans le Système de politique positive (1851-1854), il en tire une religion de l'Humanité. Cette religion divise ses disciples : , qui avait popularisé la doctrine, rejette le programme politique et religieux du dernier Comte (le culte, le pouvoir spirituel, la dictature temporelle), mais garde sa philosophie des sciences et l'ambition d'une politique républicaine et laïque fondée sur la sociologie. La période retenue ici s'arrête à la mort de Littré (1881) ; le positivisme orthodoxe de et l'Église positiviste du Brésil le prolongent ensuite, et c'est sous l'influence des positivistes brésiliens que le drapeau national du Brésil adopte en 1889 la devise « Ordre et Progrès ». Le courant marque aussi et l'école républicaine de la IIIe République. Le du Cercle de Vienne en reprend le nom et l'esprit antimétaphysique, non la doctrine.
Le seul savoir réel est celui des lois qui relient les phénomènes : chercher les causes premières ou finales, c'est rester dans l'enfance de l'esprit.
L'esprit humain passe nécessairement par trois états, théologique, métaphysique puis positif, et cette loi du développement intellectuel commande aussi l'histoire des sociétés.
La société n'est pas une somme d'individus : c'est un organisme, qui a ses lois propres et que seule une science nouvelle, la sociologie, peut connaître.
Justification
ne nie pas qu'il y ait des causes ; il constate que l'esprit ne les atteint pas et que, chaque fois qu'il l'a prétendu, il s'est divisé. L' substitue à la recherche des causes celle des lois, relations constantes entre phénomènes qui permettent de prévoir : science, d'où prévoyance ; prévoyance, d'où action. Ce n'est pas un empirisme naïf, car toute observation suppose déjà une théorie qui la guide. Dans son œuvre tardive, Comte soumet pourtant la science au « cœur » et à la religion de l'Humanité, et dénonce l'émiettement des savoirs par la spécialisation. Il ne reconnaît pas d'autre voie de connaissance, mais il refuse à la science le droit de se donner à elle-même ses fins, ce qui le retient juste en deçà du pôle extrême du .
Comte, Cours de philosophie positive, 1re et 2e leçons · Comte, Discours sur l'esprit positif (1844) · Comte, Système de politique positive, I (1851), discours préliminaire
Justification
La décrit le développement de l'intelligence : chaque domaine du savoir passe de l', qui explique par des volontés, à l', qui explique par des entités abstraites, puis à l'. Les sciences y parviennent à des moments différents, de l'astronomie à la sociologie, la dernière venue. Parce que les institutions reposent sur les croyances, cette loi commande aussi l'histoire sociale. nomme son précurseur, qui cherchait déjà à fonder le progrès sur des régularités historiques, et fait du progrès une loi nécessaire de l'esprit. La crise de son temps s'explique alors : l'état métaphysique, critique, a détruit l'ordre ancien sans pouvoir en bâtir un nouveau.
Comte, Cours de philosophie positive, 1re leçon · Comte, Plan des travaux scientifiques nécessaires pour réorganiser la société (1822)
Justification
distingue une statique sociale, science de l'ordre, et une dynamique sociale, science du progrès. Toutes deux portent sur des ensembles : la famille, non l'individu, est l'unité sociale élémentaire, et l', non l'homme isolé, est l'être réel dont il faut partir. Contre le des Lumières, il veut une société qui tienne par des fonctions et des croyances communes, non par des droits individuels qu'il juge métaphysiques.
Comte, Cours de philosophie positive, 47e-50e leçons · Comte, Système de politique positive, II
Justification
Dans ses derniers ouvrages, forge le mot pour nommer la fin de la morale positive : vivre pour autrui. La sociologie montre que l'individu doit tout à l'Humanité ; la morale en tire le devoir de subordonner les penchants égoïstes aux penchants sympathiques. Cette morale fait corps avec le culte de l'Humanité, que refuse : la position est d'abord celle de Comte et du positivisme orthodoxe.
Comte, Système de politique positive, I · Comte, Catéchisme positiviste (1852)
Justification
La religion de l'Humanité est une religion sans Dieu : l'objet du culte est le , formé des morts, des vivants et de ceux à naître dont l'apport fait avancer l'ordre humain. refuse pourtant le mot d', qui lui paraît répondre encore à une question métaphysique.
Comte, Catéchisme positiviste (1852) · Comte, Système de politique positive, IV
Filiations
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- contesté parLebensphilosophieLa philosophie de la vie se construit contre le modèle positiviste d'un savoir qui ne connaît que des lois : Dilthey refuse d'appliquer aux sciences de l'esprit la méthode de Comte et de Mill, et Bergson oppose l'intu…Lire
- réinterprété parPositivisme logiqueLe manifeste du Cercle de Vienne (1929) range Comte parmi ses précurseurs, à côté de Hume et de Mill.Lire