Scolastique
Faire de la foi une affaire de raisons : poser chaque question, entendre les objections, puis trancher en distinguant.
v. 1077 – v. 1617 · tradition vivante
Nom donné à la philosophie et à la théologie enseignées dans les écoles puis les universités de l'Europe latine. Les écoles monastiques et cathédrales la préparent depuis le haut Moyen Âge ; on la fait commencer ici avec , dont le (1077-1078) cherche « la foi en quête d'intelligence ». contribue à fixer sa méthode en confrontant les autorités qui se contredisent, dans le Sic et non. Les traductions latines du XIIe et du XIIIe siècle font entrer et ses commentateurs arabes, et , dans les universités, et Paris devient le lieu des grandes synthèses : , . et les remettent en question au début du XIVe siècle. Le courant est une méthode plus qu'une doctrine. La (quaestio) et la (disputatio), où l'on expose les objections avant de trancher, y servent des thèses opposées : sur les universaux, le réalisme modéré de Thomas, la nature commune de Scot et le d'Ockham ; sur le primat de l'intellect ou de la volonté. La logique et la philosophie naturelle y tiennent une place aussi grande que la théologie. La « seconde scolastique » de Salamanque et de Coimbra la prolonge jusqu'à , terme retenu ici, même si son enseignement se poursuit bien au-delà. Les humanistes, puis , la combattent ; le néothomisme la ravive à partir de 1879.
La raison ne contredit pas la foi : elle la prépare, la défend et en ordonne les articles, même là où elle ne peut les démontrer.
L'existence de Dieu se dispute par arguments, et non seulement par autorité, quitte à contester la valeur des preuves d'autrui.
Justification
L'âme intellective survit au corps : tente de le démontrer, mais l'âme séparée n'est pas la personne complète, et la résurrection des corps, article de foi, reste nécessaire à la béatitude entière. juge qu'on ne peut prouver par la raison que nous avons une âme intellective immatérielle. Il l'admet néanmoins par la foi.
Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, q. 75, a. 6 et I-II, q. 4, a. 5 · Ockham, Quodlibets, I, q. 10
Justification
Le bien est fondé en Dieu, mais la scolastique se divise sur la manière. Pour , la est la participation de la créature raisonnable à la : la raison peut lire ce qui est bon, parce que Dieu commande ce qui est bon. Pour , l'obligation morale vient du commandement divin, et Dieu aurait pu commander autrement ; la droite raison reste pourtant la règle de l'acte vertueux, parce que Dieu commande de la suivre. C'est le que discutera toute la morale moderne.
Thomas d'Aquin, Somme théologique, I-II, q. 91, a. 2 · Ockham, Questions sur le IIe livre des Sentences, q. 15
Justification
Le point de départ est un postulat d'unité : la vérité vient d'une seule source, donc la vraie philosophie ne peut contredire la foi (, I, 7). en tire une répartition. La raison établit les , comme l'existence de Dieu, et réfute les objections aux mystères ; elle ne démontre pas la Trinité. resserre ce que la raison peut prouver : il nie que l'unicité de Dieu puisse être strictement démontrée par la raison naturelle ; l'harmonie demeure, mais une part croissante des vérités de foi échappe à la démonstration.
La grâce ne détruit pas la nature, mais elle la parfait.Somme théologique, I, q. 1, a. 8, ad 2
Anselme, Proslogion, I · Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, q. 1, a. 8, ad 2 · Ockham, Quodlibets, I, q. 1
Justification
La scolastique ne se contente pas de croire en Dieu : elle met son existence en question, au sens de la quaestio. pense la prouver par le seul concept de Dieu, ce dont on ne peut rien concevoir de plus grand. rejette cet argument et passe par les effets, dans les . démontre l'existence d'un premier être, puis son infinité. Le désaccord porte sur les preuves, jamais sur la thèse, et c'est précisément ce qui caractérise l'école.
Anselme, Proslogion, II-IV · Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, q. 2, a. 1-3 · Duns Scot, Traité du premier principe, IV
Justification
Dieu est distinct du monde qu'il crée de rien ; le définit comme l'être même subsistant. Les scolastiques disputent de la manière d'en parler : par chez Thomas, pour qui « être » ne se dit pas au même sens de Dieu et des créatures ; par chez , pour qui un concept d'être commun est nécessaire pour connaître Dieu. Sa n'est pas en question.
Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, q. 13 · Duns Scot, Ordinatio, I, d. 3
Filiations
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- TransmetNéoplatonismeLe néoplatonisme atteint la scolastique par des textes qui en masquent l'origine : le Pseudo-Denys, lu comme un disciple de saint Paul, et le Liber de causis, attribué à Aristote, que Thomas d'Aquin fut l'un des premi…Lire
- TransmetBoèceJusqu'au XIIe siècle, la logique latine se réduit presque à ce que Boèce a traduit et commenté d'Aristote et de Porphyre, la « logique ancienne ».Lire
- TransmetFalsafaLes traductions latines de Tolède, au XIIe siècle, font passer Avicenne et Averroès dans les universités.Lire
↓ Influences exercées
- contesté parHumanisme de la RenaissanceLes humanistes reprochent à la scolastique son latin barbare et des subtilités qui ne rendent personne meilleur.Lire
- contesté parDescartesFormé chez les jésuites de La Flèche, Descartes rejette la physique des formes substantielles et la méthode de la dispute, qui ne fait selon lui que multiplier les opinions.Lire