Falsafa
Une philosophie de traducteurs devenus fondateurs : penser avec dans la langue du Coran, sans sacrifier ni l'un ni l'autre.
v. 830 – v. 1198 · tradition vivante
La (transcription arabe du grec philosophia) désigne la philosophie de tradition grecque pratiquée en terre d'islam. Née du grand mouvement de traduction soutenu à Bagdad par les califes abbassides et leurs cours, que la tradition associe à la « Maison de la sagesse », elle s'ouvre avec , se systématise avec , le « second maître » après , culmine avec et trouve à l'ouest son dernier grand représentant en , commentateur d'Aristote à Cordoue. Ces penseurs ne forment pas une doctrine uniforme : al-Fārābī pense surtout la cité et la prophétie, Avicenne une métaphysique de l'être qui s'émancipe d'Aristote, Averroès le retour au texte aristotélicien et l'interprétation de la Loi religieuse. La falsafa hérite d'un Aristote lu à travers les , essuie la critique des théologiens du et, traduite en latin aux XIIe et XIIIe siècles, transforme la . La période retenue s'arrête avec Averroès, qui clôt la lignée andalouse ; en Orient, l' se renouvelle encore avec Suhrawardī, Naṣīr al-Dīn al-Ṭūsī et Mullā Ṣadrā, dans la tradition persane de la ḥikma (sagesse), toujours enseignée aujourd'hui.
La vérité ne contredit pas la vérité : là où la Révélation semble démentir la démonstration, c'est le texte qu'il faut interpréter.
Exister n'est pas compris dans ce qu'est une chose : il faut donc un être dont l'essence est d'exister, le .
L'homme accomplit sa nature en pensant : le bonheur suprême est la conjonction de l'intellect humain avec l'.
Justification
Pour les , selon des formulations qui varient d'al-Fārābī à Averroès, le bonheur ultime de l'homme est intellectuel : la perfection de l'intellect humain, qui se conjoint à l'. Celui-ci est une intelligence séparée qui fait passer notre pensée de la puissance à l'acte, comme la lumière rend les couleurs visibles. La philosophie n'est pas un exercice de vie parmi d'autres mais l'achèvement de la nature humaine, dont la vertu morale est la condition.
al-Fārābī, L'Obtention du bonheur · Ibn Bājja, Le Régime du solitaire
Justification
transpose la république de dans la cité islamique : la est gouvernée par un chef qui réunit le philosophe et le prophète, capable de saisir la vérité par l'intellect et de la traduire en symboles pour tous. commente lui aussi la République, signe que l'idéal d'un gouvernement du savoir est commun à l'école.
al-Fārābī, Idées des habitants de la cité vertueuse · Averroès, Commentaire de la République de Platon
Justification
Pour déjà, la religion exprime en symboles ce que la philosophie établit en concepts ; en fait une doctrine juridique et herméneutique explicite. La Révélation et la démonstration disent une même vérité à des publics différents : la foule est persuadée par les images et la rhétorique, le philosophe convaincu par la (, un raisonnement qui part de prémisses certaines). Quand un verset semble contredire une conclusion démontrée, c'est au texte de recevoir une interprétation figurée, et non à la raison de céder. La « double vérité » prêtée plus tard aux averroïstes latins déforme cette thèse, qui affirme au contraire l'unité du vrai.
Averroès, Discours décisif · al-Fārābī, Livre de la religion
Justification
fonde l'existence de Dieu sur la seule analyse de l'être, sans partir du mouvement comme Aristote. Une chose est quand rien dans sa nature ne l'oblige à exister : si elle existe, c'est qu'une cause la fait exister. Même la totalité des êtres possibles, prise comme un tout, dépend encore d'une cause qui ne peut être elle-même possible ; il faut donc un être , le (), dont l'essence est d'exister. Avec la , cet argument passe à et à toute la métaphysique latine. objectera que, dans un monde supposé éternel, les philosophes ne peuvent établir ni un véritable Créateur ni son unicité.
Avicenne, Livre de la guérison, Métaphysique, I, 5-7 et VIII, 1-3 · Avicenne, Livre des directives et remarques
Filiations
Voir sur la friseToutes les filiations↑ Influences reçues
- SynthétisePlatonismeLa falsafa lit Aristote à travers Plotin et Proclus, dont des paraphrases arabes circulent sous le nom d'Aristote, la Théologie d'Aristote et le Livre des causes.Lire
↓ Influences exercées
- contesté paral-GhazālīAl-Ghazālī réfute vingt thèses des philosophes de la falsafa, notamment l'éternité du monde et la nécessité du lien causal, et en déclare trois incompatibles avec l'islam : l'éternité du monde, la connaissance divine …Lire
- prolongé parMaïmonideMaïmonide pense dans le cadre de la falsafa : il recommande al-Fārābī avant tout autre auteur et reprend sa conception du prophète comme philosophe doué d'une imagination parfaite.Lire