Nyāya
Une philosophie qui veut d'abord savoir comment l'on sait : la logique et le débat érigés en voie de libération.
v. 150 – v. 1650 · tradition vivante
Le Nyāya (« règle », « raisonnement ») est l'un des six systèmes orthodoxes de la philosophie indienne, fondé sur les Nyāya-sūtra attribués à (vers le IIe siècle). École de la logique et de la théorie de la connaissance, il recense les (), codifie l'inférence et les règles de la controverse, et défend un réalisme robuste contre les bouddhistes et les sceptiques. Ses grands commentateurs, de à , mènent pendant un millénaire une controverse serrée avec la et l', et le Nyāya finit par fusionner avec l'école sœur du . Au XIVe siècle, fonde le « nouveau Nyāya » (Navya-Nyāya), dont le langage technique d'une précision extrême devient la langue commune de la scolastique indienne ; la période retenue court jusqu'aux derniers grands maîtres de cette école, au XVIIe siècle. Le Nyāya intéresse aujourd'hui la philosophie analytique pour sa logique et son épistémologie.
Nous savons, même si nous ne savons pas toujours que nous savons : la validité d'une connaissance se reconnaît à ses fruits.
Le soi n'est pas un flux d'états : sans un sujet qui demeure, on ne pourrait ni se souvenir ni désirer.
Les universaux se voient : percevoir une vache, c'est aussi percevoir ce qui la fait vache.
Justification
Contre , qui demande ce qui valide les eux-mêmes, le Nyāya répond qu'un moyen de connaissance n'a pas à être validé d'avance pour opérer : comme la lampe montre les objets sans qu'il faille une autre lampe pour la voir, il produit d'abord une connaissance, et sa fiabilité peut être vérifiée ensuite par un autre moyen, sans régression à l'infini. Le Nyāya distingue ainsi la production d'une connaissance, sa validité, qui tient à ce qu'elle saisit l'objet tel qu'il est, et la reconnaissance de cette validité, qui n'est pas évidente par soi (, ) : on l'établit après coup, notamment au succès de l'action qu'elle guide. D'où un réalisme anti-sceptique qui admet pourtant l'erreur et la correction.
Nyāya-sūtra, II, 1, 8-20, avec le commentaire de Vātsyāyana · Gaṅgeśa, Tattvacintāmaṇi, livre I (section sur la validité)
Justification
Quand nous voyons une vache, nous percevons aussi la « vachéité » (gotva), un réel, éternel, présent dans chacun de ses individus. Le Nyāya s'oppose ainsi à la théorie bouddhique de l' (), selon laquelle le mot « vache » désigne seulement ce qui n'est pas non-vache : pour lui, les universaux sont perçus, non construits.
Nyāya-sūtra, II, 2, 58-69 · Uddyotakara, Nyāyavārttika
Justification
Une connaissance est vraie quand elle saisit une chose telle qu'elle est : elle attribue à l'objet une propriété que l'objet possède réellement. La correspondance définit le vrai ; le succès de l'action ne sert qu'à le reconnaître, d'où la part, mineure, du pragmatisme.
Gaṅgeśa, Tattvacintāmaṇi, livre I (section sur la validité)
1 de plus
Justification
La perception est le moyen de connaissance premier, dont dépendent les autres. L'inférence repose sur la ( : la fumée toujours accompagnée de feu). Le Nyāya ne la tire pas d'une simple énumération de cas : il exige l'observation de la présence et de l'absence conjointes, l'élimination des () qui pourraient fausser le lien, et le secours d'un raisonnement hypothétique (). C'est une connaissance qui part de l'expérience, et non de vérités innées.
Nyāya-sūtra, I, 1, 3-5 · Gaṅgeśa, Tattvacintāmaṇi, livre II (inférence)
Justification
Contre la doctrine bouddhique du non-soi, le Nyāya soutient que le () est une substance permanente, distincte du corps et des états mentaux. L'argument principal est celui de la reconnaissance : celui qui désire ce qu'il a vu hier doit être le même sujet que celui qui l'a vu, sans quoi mémoire et désir seraient inexplicables. consacre un traité entier à réfuter les bouddhistes sur ce point.
Nyāya-sūtra, I, 1, 10 et III, 1 · Udayana, Ātmatattvaviveka
Justification
Discret dans les Nyāya-sūtra, le théisme devient une doctrine développée du Nyāya tardif et de la tradition , qui en fait l'école théiste par excellence de la philosophie indienne : cherche à établir l'existence d'un Seigneur (Īśvara), artisan intelligent du monde, contre les et les bouddhistes qui le nient. L'argument central est celui de l'effet : la terre, étant un produit, suppose un agent qui la produit. D'où une valeur théiste nette, mais en deçà de l'extrême.
Nyāya-sūtra, IV, 1, 19-21 · Udayana, Nyāyakusumāñjali, V, 1
Filiations
Voir sur la friseToutes les filiations↑ Influences reçues
- Réagit contreBouddhismeLe Nyāya mène pendant un millénaire une controverse serrée avec les logiciens du bouddhisme, Dignāga et Dharmakīrti : contre le non-soi, il défend un soi substantiel ; contre la théorie de l'exclusion (apoha), des uni…Lire
- Réagit contreMadhyamakaLe Nyāya défend les moyens de connaissance contre l'objection de la Madhyamaka : ils s'établissent eux-mêmes, comme la lampe s'éclaire en éclairant les objets, et nier toute connaissance valide ruine la négation même.Lire
↓ Influences exercées
- contesté parMadhyamakaNāgārjuna retourne contre le Nyāya l'exigence de fondement : si les moyens de connaissance valident tout, qu'est-ce qui les valide eux-mêmes ?Lire