L'enfant qui se noie
Singer · « Famine, richesse et morale » · 1972
Vous passez près d'un étang peu profond quand vous apercevez un enfant en train de s'y noyer. Vous pourriez entrer dans l'eau et le sauver sans aucun danger : vous n'y perdriez que vos vêtements, salis ou abîmés, et un rendez-vous manqué. Personne d'autre n'est en vue. Chacun juge qu'un passant qui poursuivrait son chemin pour rester sec serait un monstre. Mais au même moment, ailleurs dans le monde, des enfants meurent de faim ou de maladies évitables, qu'un don modeste suffirait peut-être à sauver.
Si l'omission est une faute au bord de l'étang, l'est-elle aussi à distance ? Que nous doit la morale, au juste ?
Ce qu'elle fait dans le débat
Objecte à Minimalismeattaque la position
Le minimaliste lui-même juge monstrueux le passant qui laisse l'enfant se noyer pour rester sec ; or ce passant n'a nui à personne. Le « ne pas nuire » ne couvre donc pas ce que le minimaliste lui-même exige.
- Un enfant se noie dans un étang peu profond devant vous ; le sauver ne coûte que des vêtements salis. Le minimaliste lui-même juge qu'un passant qui s'abstiendrait pour rester sec serait un monstre — pourtant ce passant n'a nui à personne.
- Ce jugement engage un principe : quand on peut empêcher un grand mal au prix d'un sacrifice mineur, s'abstenir est une faute. Le « ne pas nuire » ne couvre donc pas tout ce que nous jugeons nous-mêmes exigible.
- Or ni la distance, ni le nombre, ni le fait que d'autres pourraient agir ne semblent des raisons morales d'effacer ce principe : l'enfant lointain qu'un don suffirait à sauver est dans la situation de celui de l'étang.
Donc Donc le minimalisme échoue à son propre test : puisqu'il condamne le passant indifférent, il admet déjà que la morale exige plus que ne pas nuire.