Mohisme
Juger chaque coutume à ce qu'elle rapporte à tous, et oser dire que le rite, la musique et la guerre coûtent trop.
v. 430 av. J.-C. – v. 221 av. J.-C.
Le mohisme est l'école fondée par au Ve siècle avant notre ère, dans la Chine des Royaumes combattants. L'une des premières grandes critiques du , elle juge les doctrines et les institutions à leur utilité pour le peuple et prêche une sollicitude étendue à tous sans distinction. Organisée en confrérie disciplinée, réputée pour son expertise dans la défense des villes assiégées, l'école développe aussi, avec les , une logique et une théorie de la connaissance parmi les plus élaborées de la Chine ancienne. Elle décline après l'unification impériale de 221 avant notre ère et s'éteint comme école sous les Han ; le Mozi, transmis sous une forme lacunaire et corrompue, n'est vraiment remis en lumière que par les philologues des Qing, à la fin du XIXe siècle. On compare aujourd'hui Mozi aux , mais sa doctrine repose aussi sur l'autorité du Ciel et le modèle des anciens rois sages, ce qui interdit une assimilation pure et simple.
Une coutume vaut ce qu'elle rapporte à tous : le bénéfice du peuple est la mesure du juste.
Aimer les siens plus que les autres est la source des désordres : il faut se soucier de chacun comme des siens.
L'agression est un crime, la défense un devoir.
Justification
Une doctrine se juge à trois critères (les trois normes) : son origine chez les anciens rois sages, sa conformité à l'expérience du peuple, et surtout son utilité, c'est-à-dire ce qu'elle apporte de bénéfice (li) au monde. Le bien se mesure à ce qui enrichit le peuple, accroît la population et établit l'ordre. La volonté du Ciel, que invoque comme norme, prescrit précisément ce bénéfice universel, d'où la part déontologique.
Mozi, ch. 35-37 (« Contre le destin ») · Mozi, ch. 26-28 (« La volonté du Ciel »)
Justification
Les désordres du monde viennent de ce que chacun aime les siens au détriment des autres. Le remède est le () : traiter dans ses actes la famille, la ville et l'État d'autrui comme les siens, ce qui n'exige pas d'éprouver pour tous une affection identique. Contre l' du , soutient que l'impartialité sert même l'intérêt de chacun, puisque qui aime les parents d'autrui verra les siens aimés en retour.
Mozi, ch. 14-16 (« Le souci universel »)
Justification
La guerre d'agression est le plus grand des crimes : celui qu'on punit pour avoir volé un cochon, on le loue pour avoir pillé un royaume. Mais les mohistes ne sont pas pacifistes au sens strict : ils se mettent au service des villes attaquées et deviennent des spécialistes de la fortification.
Mozi, ch. 17-19 (« Contre l'agression ») · Mozi, ch. 50 (« Gongshu ») et chapitres sur la défense des villes
Justification
Il faut élever les sages (shang xian) aux charges, quelle que soit leur naissance, et que chacun se conforme au jugement de son supérieur, jusqu'au Fils du Ciel (shang tong). C'est une méritocratie autoritaire, non une démocratie.
Mozi, ch. 8-10 (« Élever les sages ») · Mozi, ch. 11-13 (« Se conformer au supérieur »)
Justification
La musique de cour, les funérailles somptueuses et les longs deuils confucéens dilapident les ressources du peuple sans nourrir personne. les condamne au nom de l'économie et du bien commun : ce qui ne profite pas à tous doit être abandonné, quel qu'en soit le charme.
Mozi, ch. 32 (« Contre la musique ») · Mozi, ch. 25 (« Funérailles modestes »)
Justification
Le Ciel a une volonté, il aime tous les hommes et sanctionne les gouvernants ; les esprits existent et punissent le mal. C'est un théisme affirmé, mais sans Dieu créateur ni révélation, d'où une valeur nettement théiste sans être extrême : y voit une garantie de la morale plus qu'un objet de spéculation.
Mozi, ch. 26-28 (« La volonté du Ciel ») · Mozi, ch. 31 (« Éclaircir les esprits »)
Filiations
Voir sur la friseToutes les filiations↑ Influences reçues
- Réagit contreConfucianismeLe mohisme naît contre le confucianisme : contre ses rites coûteux, sa musique de cour, ses longs deuils et surtout son amour gradué, il oppose le critère du bénéfice commun et le souci impartial de tous.Lire
↓ Influences exercées
- contesté parMenciusMencius accuse le souci impartial du mohisme de nier le père, puisqu'il met les parents d'autrui au rang des siens, et défend contre lui un amour qui s'étend par degrés à partir de la famille.Lire