Courants

Kalām

Défendre la foi avec les armes de la raison, jusqu'à démonter l'idée même de nécessité naturelle.

v. 750 – v. 1210 · tradition vivante

ʿAbd al-Jabbāral-Ashʿarīal-Māturīdīal-GhazālīFakhr al-Dīn al-Rāzī

Le (« discours », « parole ») est la théologie rationnelle de l'islam, née au VIIIe siècle des controverses sur la liberté humaine, les attributs divins et la nature du Coran. C'est une tradition plurielle : les , dont , font de la justice divine et du humain des exigences de la raison ; les , héritiers d', subordonnent tout à la toute-puissance divine ; les , disciples d', tiennent une voie moyenne. Sur la liberté et le fondement de la morale, ces écoles divergent si profondément qu'aucune position commune ne peut être retenue. Avec , le kalām ashʿarite prend à partie la dans L'Incohérence des philosophes ; avec , où s'arrête la période retenue ici, il absorbe une large part de la philosophie qu'il combattait ; le kalām postclassique se poursuit ensuite, riche et inventif, dans les grandes sommes et la tradition des commentaires (al-Ījī, al-Taftāzānī, al-Jurjānī). L'ashʿarisme et le māturīdisme restent les théologies de référence de l'islam sunnite, et l'argument cosmologique dit « du kalām », reconstruit au XXe siècle par à partir de ses sources médiévales, est discuté dans la philosophie de la religion contemporaine.

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Rapport au mondeTranscendanceThéisme3SUR 80 AXES4% couvert
rayon ∝ engagement◎ position structurante○ bord = non couvert
L'essentielles positions au cœur de ce système de pensée
  1. Le monde a commencé : une série sans commencement d'événements passés est impossible, il lui faut un auteur qui l'a fait être.

    Théisme98%Existence de Dieuvoir la position →
  2. Dieu n'a rien de commun avec ses créatures, et le monde ne tient que par lui : pour les ashʿarites, jusqu'à ne plus laisser à la nature aucune causalité propre.

    Transcendance95%Où réside le sacrévoir la position →
  3. La raison peut prouver Dieu, mais non sonder sa volonté : au-delà d'elle commence une connaissance par l'expérience.

    Harmonie90%Foi et raisonvoir la position →
Rapport au vraiCe que l'on peut connaître0/0 positionnés
— aucune position enregistrée
Rapport à soiQui je suis, comment vivre0/0 positionnés
— aucune position enregistrée
Rapport aux autresCe que nous nous devons0/0 positionnés
— aucune position enregistrée
Rapport au mondeCe qu'il y a3/3 positionnés
Majeur
−0.9
Agnosticisme (Huxley)
Justification

La preuve classique des théologiens est celle de l' (). Dans ses formes médiévales, elle part de l'analyse des corps : ils ne sont jamais dépourvus d'accidents (mouvement, repos, composition), ces accidents sont engendrés, et ce qui n'est jamais sans réalités engendrées est lui-même engendré ; or une série sans commencement de telles réalités est impossible. Le monde a donc commencé et requiert un auteur qui l'a fait être. Contre l'éternité du monde professée par les philosophes, le kalām fait de ce commencement le cœur de la démonstration. La formule « tout ce qui commence d'exister a une cause » est une reconstruction contemporaine, popularisée par .

al-Ashʿarī, Kitāb al-Lumaʿ, ch. 1 · al-Ghazālī, al-Iqtiṣād fī l-iʿtiqād, I, 1 · al-Ghazālī, L'Incohérence des philosophes, 1re question

Majeur
+0.9
Justification

Dieu n'a rien de commun avec ses créatures (, l'affirmation de son altérité absolue) : les muʿtazilites poussent ce principe jusqu'à refuser à Dieu des attributs distincts de son essence. Toutes les écoles tiennent le monde pour créé et entièrement dépendant de son créateur, mais elles ne pensent pas cette dépendance de la même façon. Les muʿtazilites admettent que les choses et les actes humains produisent des effets (la doctrine de la génération, tawallud). Les radicalisent la dépendance jusqu'à l' : chez eux, les accidents ne durent pas deux instants et Dieu les crée sans cesse, si bien que le feu ne brûle pas le coton par nature, Dieu crée la combustion à l'occasion du contact. Ce que nous prenons pour une causalité nécessaire n'est qu'une habitude que Dieu peut suspendre, ce qui laisse place au miracle.

al-Ghazālī, L'Incohérence des philosophes, 17e question · al-Ashʿarī, Maqālāt al-islāmiyyīn

1 de plus
inférableMajeur
10
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0
0
Justification

Le kalām argumente : toutes ses écoles reconnaissent à la raison le pouvoir d'établir l'existence de Dieu et de défendre le dogme, les allant jusqu'à lui faire connaître le bien et le mal avant la Révélation. Reste à savoir jusqu'où la raison peut aller seule : montre que les démonstrations métaphysiques des philosophes échouent selon leurs propres critères, tout en maniant lui-même la logique, dont il recommande l'usage aux théologiens ; il reconnaît au-delà de la raison une connaissance par le « goût » () que donnent la prophétie et l'expérience mystique. D'où une harmonie dominante, avec une part modeste laissée à ce qui excède la raison.

al-Ghazālī, Erreur et délivrance · al-Ghazālī, L'Incohérence des philosophes, introduction

↓ Influences exercées

  • contesté parMaïmonideMaïmonide expose puis réfute les prémisses des théologiens du kalām (atomisme, recréation continue du monde, possibilité de tout ce qui est imaginable), qu'il juge fondées sur l'imagination et non sur la nature des ch…Lire